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                               Chapitre 26 — L'état dans lequel on s'y engage

On parle aujourd'hui d'énergie basse, comme on parlait autrefois de péché. Les mots changent, le mécanisme reste le même. On ne dit plus "tu es immoral", on dit "tu vibres bas". On ne parle plus de faute, on parle de fréquence. Mais au fond, c'est toujours le même message, plus propre, plus séduisant, presque rassurant : il existerait une bonne façon de vivre sa sexualité, et toutes les autres vous abîmeraient.

On déplace la honte, on la modernise, on lui donne un vocabulaire plus doux, presque bienveillant. Mais elle continue de faire exactement la même chose : contrôler.

Car ce n'est pas le sexe qui crée le vide — c'est le rapport qu'on entretient avec lui. Ce n'est pas le nombre de partenaires. Ce n'est pas la liberté. Ce n'est pas l'audace. C'est l'absence de conscience, c'est le besoin de combler, c'est le fait de se fuir à travers l'autre. Et ça peut exister dans n'importe quelle forme de sexualité. Dans le silence d'un couple. Dans la répétition d'un rituel. Dans la fidélité comme dans l'excès.

Mais il est plus facile de pointer certains comportements que de regarder ce qui les traverse. Plus facile de dire "ce type de sexualité est bas" que de reconnaître que le malaise vient souvent d'ailleurs. Alors on crée des règles invisibles, des hiérarchies, des catégories de corps acceptables — et d'autres non. On prétend parler d'énergie, mais on reproduit les mêmes vieux réflexes : juger, classer, contenir.

Et pendant ce temps, une vérité plus dérangeante reste dans l'ombre : une personne peut vivre une sexualité libre sans se perdre. Et une autre peut se perdre complètement dans une sexualité parfaitement conforme.

J'en suis la preuve. J'ai vécu une sexualité que beaucoup qualifieraient de "basse". Et je ne me suis pas perdue. Pas à cause du travail lui-même — mais parce que je savais, la plupart du temps, dans quel état j'y entrais.

 

Ce n'est pas l'acte qui élève ou qui abaisse — c'est l'état dans lequel on s'y engage. Mais cette nuance dérange, parce qu'elle enlève aux règles leur pouvoir. Parce qu'elle rend chacun responsable. Parce qu'elle ne permet plus de condamner aussi facilement.

Il serait cependant trop simple d'ignorer complètement ce qui peut blesser. Il existe des expériences qui laissent des traces — pas toujours visibles, pas toujours immédiates, mais réelles. Ce n'est pas le corps qui abîme. Ce n'est pas le geste. Ce n'est pas l'acte en lui-même. C'est ce qui l'entoure. C'est ce qu'on y apporte, ce qu'on y cherche, ce qu'on accepte parfois sans même s'en rendre compte.

Car on peut dire oui sans être vraiment présent. On peut consentir sans être aligné. On peut donner son corps pour éviter de perdre, pour être aimé, pour ne pas déranger. Et dans ces moments-là, ce n'est pas le sexe qui blesse — c'est l'absence de soi à l'intérieur.

Le besoin de validation, la peur d'être rejeté, le conditionnement à plaire, le silence appris trop tôt. Et aussi le contexte extérieur — les rapports de pouvoir, les attentes implicites, les déséquilibres économiques, les environnements où le choix devient flou, fragile, négocié. Dans ces espaces, la liberté n'est pas toujours aussi simple qu'on le prétend.

Ce n'est pas la liberté qui détruit — c'est le fait de ne pas savoir si elle nous appartient vraiment. Et cette confusion ne se règle pas en imposant des règles. Elle se règle en redonnant aux individus ce qu'on leur a souvent appris à ignorer : leur ressenti, leurs limites, leur voix.

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