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                                             Chapitre 4 — Le culte du capital

 

 

Patriarcat, sexisme, oppression, exploitation sexuelle — autant de mots usés par le temps, mais qui continuent de peser lourd. Si anciens et si constants, ces enjeux en sont devenus ordinaires, presque invisibles. Et c'est précisément là la plus grande menace : ce qui se normalise cesse d'être questionné.

Le capital est devenu la nouvelle divinité, et son culte justifie toutes les destructions. Je l'ai vu de près. Dans l'industrie du sexe, l'argent dicte tout : qui a le droit de désirer, qui a le droit de refuser, qui mérite protection et qui est sacrifiable. Ce n'est pas un hasard si les travailleuses du sexe se retrouvent toujours au bas de l'échelle — elles incarnent précisément ce que le système cherche à la fois à exploiter et à cacher.

La prétendue libération sexuelle des années 60 et 70 aurait pu tout changer. Elle promettait une sexualité libérée de la honte, du contrôle religieux, des inégalités entre hommes et femmes. Mais le capitalisme a un talent particulier pour récupérer les révolutions et les transformer en produits. La sexualité libérée est devenue un marché. Le corps féminin, autrefois objet de contrôle moral, est devenu objet de consommation. Même résultat, autre emballage.

Aujourd'hui, on vend de la lingerie avec le vocabulaire du féminisme. On commercialise l'empowerment. On monétise le désir sous toutes ses formes — applications de rencontres, abonnements à des plateformes de contenu adulte, webcams, porno dit "éthique". L'industrie du sexe ne cache plus ses profits, elle les revendique. Mais pendant que les plateformes s'enrichissent, les femmes qui produisent ce contenu restent précaires, stigmatisées, sans protection sociale ni recours légal. La libération a eu lieu — surtout pour ceux qui en ont fait un commerce.

Il serait trop simple d'accuser seulement l'élite. La vérité est plus crue : chacun de nous participe, consciemment ou non, à la perpétuation de ce système. Les structures de domination se maintiennent parce que nous les entretenons aussi — par habitude, par peur, par conformisme. Tant que nous continuons à valoriser le paraître plutôt que l'être, la paix restera un mirage.

Changer le monde, c'est d'abord revisiter notre rapport à l'amour et à la sexualité. On peut multiplier les lois, les réformes, les traités — rien n'y fera tant que notre manière d'aimer, de désirer, de vivre avec notre corps reste contaminée par la honte et le non-dit.

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