Chapitre 25 — L'argent rapide, pas facile
Plus de femmes qu'on ne le croit mènent une double vie : un emploi conventionnel le jour, et le travail du sexe en parallèle. Mais presque toutes le font dans le secret, conscientes que ce choix pourrait ruiner leur carrière ou leur vie personnelle. Car, encore aujourd'hui, une femme n'a pas le droit d'exceller dans un métier "respectable" tout en tirant profit de ses attributs physiques dans une autre sphère. La société le lui interdit — et souvent, ce sont d'autres femmes qui se chargent de le lui rappeler.
Je faisais partie de ces femmes. Le jour, j'étais Mariève — une femme ordinaire avec des projets, des amis, une famille qui ne savait pas tout. Le soir, j'étais autre chose. Pas une autre personne — la même, mais dans un espace que peu de gens autour de moi connaissaient. Cette double vie avait un coût. Pas financier — psychologique. Pas à cause du travail lui-même, mais à cause du secret qu'il imposait.
Derrière ce silence forcé, les préjugés persistent. On entend encore que "n'importe qui avec un beau corps peut le faire". Ce cliché est d'une pauvreté intellectuelle abyssale. Oui, l'apparence joue un rôle, mais elle ne fait pas tout. Tout le monde peut nager — mais combien deviennent des athlètes olympiques ?
Je l'ai vécu de l'intérieur. Ce qui m'a permis de tenir et de réussir dans ce milieu, ce n'était pas mon apparence. C'était autre chose — une combinaison de qualités que peu de gens associent spontanément à ce métier.
Car toutes les femmes n'ont pas le profil. Il faut des aptitudes précises : une aisance sociale, une capacité à créer du lien rapidement, une écoute sincère, de la patience, de l'assurance, une personnalité forte, une faculté d'adaptation exceptionnelle. La naïveté n'a pas sa place ici. Il faut savoir imposer ses limites, flairer le danger, désamorcer une tension — et parfois se défendre. Celles qui se laissent abattre par chaque remarque blessante n'y survivent pas longtemps.
Il faut aussi de la discipline. Une bonne gestion de l'argent, un plan clair, des objectifs réalistes. Être séduisante peut aider, mais ce n'est pas suffisant. Comme dans tout métier exigeant, c'est l'endurance psychologique et la lucidité qui font la différence. Moi, dès le départ, j'avais un plan. Je savais pourquoi j'étais là et jusqu'où je voulais aller. Cette clarté m'a protégée.
Si l'on ressent le besoin d'alcool ou de drogues pour "tenir le coup", il faut se poser les bonnes questions. Car si ce métier exige de brouiller son esprit pour encaisser, c'est qu'il n'est pas fait pour soi. Aucun travail, quel qu'il soit, ne mérite qu'on y sacrifie sa santé.
Comme le sport ou le mannequinat, le travail du sexe a une limite dans le temps. Certaines parviennent à exercer jusqu'à la cinquantaine ou la soixantaine, mais plus les années avancent, plus les risques d'épuisement — physique et psychologique — augmentent, surtout dans un contexte social aussi stigmatisant.
Et il faut l'admettre : malgré les fantasmes extérieurs, c'est un métier parfois ingrat. Derrière les montants qui peuvent sembler alléchants, il y a des clients exigeants, des heures pesantes, des moments de lassitude, d'ennui ou de malaise. Si l'on considère souvent le fruit de la prostitution comme de l'argent "rapide", il n'est pas pour autant synonyme d'argent "facile". C'est le fruit d'un travail qui demande discipline, patience et une force de caractère hors du commun.